Grossesses arrêtées à répétition
On parle de grossesses arrêtées à répétition à partir de trois pertes de grossesse précoces. Quand le bilan validé revient normal, la question devient immunologique. Arsène Mekinian est investigateur principal du registre national FALCO, qui suit ces situations de façon prospective, et dernier auteur de la publication de 2024 qui en a tiré le premier résultat, lequel est négatif.
- On en parle à partir de trois pertes de grossesse avant quatorze semaines.
- Un bilan standard existe ; lorsqu'il ne trouve rien, la situation est dite inexpliquée.
- « Inexpliquée » signifie qu'aucune cause n'est retrouvée par les examens validés aujourd'hui.
- Aucun traitement immunomodulateur n'a démontré qu'il augmente les naissances vivantes dans ce cas.
Les grossesses arrêtées à répétition, ou fausses couches précoces à répétition, constituent une situation clinique fréquente et complexe, dont l'évaluation repose sur une approche multidisciplinaire associant gynécologie-obstétrique, médecine de la reproduction, génétique et, dans certaines situations, médecine interne et immunologie clinique.
Une proportion importante des patientes reste sans cause identifiée après le bilan recommandé. L'un des enjeux actuels de la recherche est de déterminer si, chez certaines d'entre elles, des mécanismes immunologiques ou inflammatoires participent à la répétition des pertes de grossesse et peuvent constituer des cibles thérapeutiques.
Définition et bilan
Une grossesse arrêtée est une grossesse qui s'interrompt d'elle-même. Les définitions des fausses couches à répétition diffèrent selon les sociétés savantes et les protocoles de recherche, notamment concernant le nombre de pertes de grossesse requis pour débuter les investigations. Le registre national français et les travaux français sur le sujet retiennent au moins trois pertes survenues avant quatorze semaines d'aménorrhée ; certaines sociétés savantes ouvrent le bilan dès deux pertes, et cette divergence de définition est l'une des raisons pour lesquelles les études du domaine se comparent mal entre elles.
Le bilan vise en priorité à rechercher les principales causes reconnues ou facteurs associés : anomalies utérines, causes génétiques, endocriniennes et syndrome des antiphospholipides, en tenant compte de l'histoire obstétricale et du contexte clinique. Dans le détail, il s'agit des anomalies de la cavité utérine, d'une anomalie chromosomique de l'un des deux parents, des causes endocriniennes ou thyroïdiennes et du syndrome des antiphospholipides.
Lorsque cette évaluation ne permet pas d'identifier de cause, les fausses couches sont considérées comme inexpliquées en l'état des connaissances et des examens validés. Dans la première publication du registre FALCO, la situation restait inexpliquée pour soixante-seize des cent grossesses analysées après le bilan recommandé par l'ESHRE. [Réf. 1]
Cette situation ne signifie pas qu'il n'existe aucun mécanisme sous-jacent. Elle définit précisément le champ dans lequel de nouvelles hypothèses physiopathologiques doivent être évaluées. C'est à ce point que la médecine interne intervient aux côtés de la gynécologie obstétrique, avec une hypothèse précise : chez une partie de ces femmes, l'interruption de la grossesse tiendrait à un défaut de tolérance immunitaire de la mère envers l'embryon, qui est génétiquement à moitié étranger.
Quelle place pour l'immunologie ?
L'implantation et le développement placentaire nécessitent une régulation étroite des interactions entre le système immunitaire maternel, l'endomètre et le trophoblaste.
Plusieurs mécanismes ont ainsi été étudiés dans les fausses couches à répétition : auto-immunité, cellules NK, lymphocytes T régulateurs, cytokines, interactions HLA/KIR, inflammation endométriale et anomalies inflammatoires du placenta.
Les mécanismes que ses propres publications documentent sont l'auto-immunité, les cellules NK circulantes et utérines, les lymphocytes T régulateurs, les cytokines, le profil immunitaire de l'endomètre et les anomalies inflammatoires du placenta.
Cependant, la mise en évidence d'une anomalie immunologique ne signifie pas nécessairement qu'elle est responsable des pertes de grossesse. Les travaux conduits dans ce domaine montrent notamment la difficulté à identifier un biomarqueur immunologique reproductible et suffisamment prédictif pour être utilisé isolément afin de guider la prise en charge. Sur ce point, son travail le plus net est un résultat négatif qu'il signe comme dernier auteur et auteur correspondant.
Publié en 2019 dans Archivum Immunologiae et Therapiae Experimentalis, ce travail associe une étude cas-témoins et une méta-analyse de la littérature. Cent quinze femmes ont été recrutées consécutivement de décembre 2015 à octobre 2017 dans trois hôpitaux universitaires : cinquante-quatre avec fausses couches à répétition, quarante et une avec échecs d'implantation répétés, et vingt témoins ayant au moins deux accouchements à terme. Les proportions de cellules NK circulantes CD3-CD56+ et de grands lymphocytes granuleux T CD8+CD57+ mesurées avant la conception ne différaient ni entre les cas et les témoins, ni entre les femmes qui ont ensuite fait une fausse couche et celles qui ont eu une naissance vivante. La méta-analyse de la littérature, elle, retrouvait des proportions de cellules NK plus élevées dans les fausses couches à répétition, différence moyenne de 3,47 avec un intervalle de 2,94 à 4,00, et dans les échecs d'implantation, différence moyenne de 1,64 avec un intervalle de 0,82 à 2,45, toutes deux significatives à p inférieur à 0,001, mais avec une hétérogénéité élevée entre les études. L'article conclut que la proportion de ces cellules dans le sang avant la conception ne reflète pas le risque de fausse couche ni d'échec d'implantation et qu'elle ne devrait pas être retenue comme indicateur pour la prise en charge. Il est le seizième et dernier des seize auteurs nommés. [Réf. 3]
La question scientifique est donc aujourd'hui de déterminer quels mécanismes sont réellement impliqués, chez quelles patientes et avec quelle conséquence thérapeutique.
Axes de recherche
Les travaux d'Arsène Mekinian et des équipes associées s'organisent autour de plusieurs axes :
Caractérisation des patientes. Décrire les phénotypes cliniques, obstétricaux, immunologiques et biologiques associés aux formes inexpliquées. Cet axe est porté par le registre FALCO, décrit dans la section suivante, et, avant lui, par une cohorte multicentrique publiée en 2021 dans l'American Journal of Reproductive Immunology : cent une femmes ayant au moins trois fausses couches précoces sans étiologie, recrutées dans trois hôpitaux universitaires, et une analyse portant sur six cent cinquante-deux grossesses. Arsène Mekinian en est le vingt et unième et dernier auteur nommé. L'article a fait l'objet d'une lettre de commentaire publiée dans la même revue en 2022. [Réf. 2]
Recherche de biomarqueurs. Évaluer la valeur diagnostique ou pronostique des différents paramètres immunologiques proposés dans les fausses couches à répétition. Dans la cohorte de 2021, aucun des marqueurs immunitaires mesurés ne différait entre les femmes selon l'issue de la grossesse : ni les cellules NK, ni les lymphocytes, ni les gammaglobulines, ni les cytokines sanguines, ni le statut d'activation des cellules NK utérines. La seule différence observée portait sur les anticorps antinucléaires, plus souvent positifs chez les femmes ayant eu une naissance vivante, 12 cas soit 13 % contre 36 cas soit 7 %, p égal à 0,03. [Réf. 2] Un travail voisin, où il est neuvième des onze auteurs nommés, a porté sur le profil immunitaire de l'endomètre : analyse rétrospective de cent quatre patientes incluses de janvier 2012 à décembre 2019, dans laquelle un profil immunitaire endométrial dérégulé, puis traité en conséquence, était associé à un taux de naissances vivantes de 55 % contre 45 %, p égal à 0,01, avec un odds ratio de 3,4, intervalle de 1,27 à 9,84, indépendamment de l'âge et du taux d'hormone antimüllérienne. La déclaration de liens d'intérêts de cet article précise que la dernière auteure a créé la société qui commercialise ce test et détient le brevet qui le couvre, et que deux co-auteurs étaient salariés de cette société. [Réf. 4]
Auto-immunité et inflammation. Étudier les liens entre auto-immunité, inflammation maternelle, anomalies placentaires et récidive des pertes de grossesse. Cet axe recouvre l'analyse des auto-anticorps dans le registre FALCO, décrite plus bas, et l'observation publiée en 2026 d'une grossesse menée à terme chez une femme présentant des dépôts fibrinoïdes périvilleux massifs. [Réf. 1, 11]
Évaluation thérapeutique. Déterminer si certaines stratégies immunomodulatrices peuvent améliorer le pronostic obstétrical dans des sous-groupes précisément définis. C'est l'objet des deux sections suivantes.
FALCO : une cohorte prospective
FALCO, NCT05557201 est une cohorte prospective promue par l'AP-HP consacrée aux fausses couches récurrentes et aux échecs répétés d'implantation. Elle vise à caractériser les patientes, les anomalies retrouvées au cours du bilan, les stratégies thérapeutiques utilisées et l'évolution des grossesses ultérieures.
Le registre la classe comme cohorte observationnelle, sous le nom complet Facteurs de récidive précoce des fausses couches, promue par l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, et déclare Arsène Mekinian investigateur principal.
La fiche du registre affiche un début effectif au 24 octobre 2022, un effectif prévu de 700 participantes, une fin de recueil principal estimée en octobre 2027 et une fin d'étude estimée en octobre 2029, un statut de recrutement en cours, et une dernière mise à jour publiée le 19 décembre 2025. Les critères d'inclusion sont un âge de 18 à 50 ans et au moins trois pertes de grossesse précoces avant quatorze semaines d'aménorrhée, ou au moins trois échecs d'implantation. L'objectif principal déclaré est de décrire les caractéristiques cliniques et biologiques de ces patientes, les examens réalisés et les soins reçus ; les objectifs secondaires portent sur le taux de récidive selon le nombre de pertes antérieures, selon les anomalies du bilan et selon les traitements employés, et sur la comparaison de l'efficacité des traitements immunomodulateurs entre eux. La publication de 2024 indique de son côté que le registre est établi depuis 2017 et qu'il recrute dans plusieurs hôpitaux universitaires, en nommant l'hôpital Saint-Antoine, l'hôpital Tenon et l'hôpital Armand-Trousseau. [Réf. 1, fiche NCT05557201]
Les premières données publiées illustrent notamment les limites des études observationnelles pour attribuer un bénéfice à un traitement immunomodulateur et renforcent la nécessité d'évaluations prospectives contrôlées. La première analyse publiée de ce registre est parue en septembre 2024 dans Human Reproduction. Elle porte sur cent grossesses survenues chez soixante-quatorze femmes exposées à l'hydroxychloroquine avant la conception ou au tout début de la grossesse. L'âge moyen des femmes était de 34,2 ans, le nombre médian de fausses couches antérieures de cinq, avec un maximum de douze. Les femmes répondant aux critères de classification du syndrome des antiphospholipides n'étaient pas incluses dans le registre. L'hydroxychloroquine était prescrite à 400 mg par jour, avant la conception dans 71 % des cas ; 78 % des grossesses recevaient en outre de la prednisone, 56 % de l'aspirine à faible dose et 41 % une héparine de bas poids moléculaire.
Le résultat principal est le suivant : soixante-deux grossesses sur cent, soit 62 %, se sont arrêtées avant douze semaines de gestation, trente-huit ont dépassé ce terme, et trente et une sur quatre-vingt-dix-neuf grossesses documentées, soit 31,3 %, ont abouti à une naissance vivante. Le seul facteur significativement prédictif d'une grossesse dépassant douze semaines, après ajustement sur l'âge et sur la durée d'exposition avant la conception, était d'avoir eu quatre fausses couches antérieures ou moins, avec un odds ratio ajusté de 3,13, intervalle de confiance à 95 % de 1,31 à 7,83, p égal à 0,01. La présence d'au moins un auto-anticorps positif ne changeait pas l'issue : 18 grossesses sur 51 dépassaient douze semaines chez les femmes ayant un auto-anticorps sans insuffisance ovarienne, contre 18 sur 45 chez celles qui n'en avaient pas, p égal à 0,63. Les auteurs concluent que l'exposition à l'hydroxychloroquine en début de grossesse chez des femmes ayant des pertes de grossesse répétées ne semble pas prévenir de nouvelles fausses couches. Ils signalent eux-mêmes l'absence de groupe témoin comme première limite de leur travail. Arsène Mekinian est le quatorzième et dernier des quatorze auteurs nommés. [Réf. 1]
De la recherche translationnelle aux essais thérapeutiques
Plusieurs stratégies immunomodulatrices ont été étudiées dans les fausses couches inexpliquées, notamment les corticoïdes, l'hydroxychloroquine, les immunoglobulines intraveineuses, les intralipides et différentes approches ciblant les voies de régulation immunitaire. Les données disponibles restent hétérogènes et de niveaux de preuve variables. Les associations observées dans des cohortes ou de petites séries ne permettent pas, à elles seules, d'établir l'efficacité d'un traitement.
La cohorte de 2021 en donne la mesure. Deux cent quinze grossesses, soit 33 %, y ont été traitées par aspirine ou héparine de bas poids moléculaire, seules ou associées à différentes lignes de traitement immunomodulateur. Le taux cumulé de naissances vivantes était de 43,0 % pour les grossesses traitées contre 34,8 % pour les grossesses non traitées, p égal à 0,04, et les grossesses sous corticoïdes avaient deux fois plus de chances d'aboutir à une naissance vivante que les grossesses non traitées, odds ratio 2,0, intervalle de confiance à 95 % de 1,1 à 3,7, p égal à 0,02. Ce résultat est une association observée dans une cohorte où le traitement n'a pas été tiré au sort : il ne démontre pas que le traitement en est la cause. [Réf. 2]
Le reste de ce corpus est explicitement d'un niveau de preuve inférieur, et il le dit lui-même. Sa revue de 2016 dans l'American Journal of Reproductive Immunology, dont il est premier des neuf auteurs nommés, rassemblait les données disponibles sur les corticoïdes, la progestérone, les intralipides, les antagonistes du TNF alpha, le G-CSF, l'hydroxychloroquine et les immunoglobulines intraveineuses, et ne trouvait par méta-analyse qu'un bénéfice modeste de la progestérone sur la naissance vivante, odds ratio 1,38, intervalle de 1,07 à 1,77, avec une hétérogénéité significative, p égal à 0,01 et I² égal à 78 %. [Réf. 5] Sa mise au point française de 2017 dans La Revue de médecine interne, dont il est également premier auteur, énonce que les données disponibles ne permettent pas de définir de recommandation de traitement dans cette indication et que d'autres études sont nécessaires. [Réf. 6] Sa série d'intralipides de 2020, dont il est le dix-huitième et dernier auteur nommé, a repris cent quatre-vingt-sept femmes traitées entre 2015 et 2018 dans trois hôpitaux universitaires, dont vingt-six ont reçu des intralipides ; parmi les dix qui avaient des fausses couches à répétition, avec une médiane de cinq pertes antérieures, sept grossesses sous intralipides ont abouti à une naissance vivante, ce qui était plus fréquent que dans un groupe de comparaison de vingt femmes non traitées, p égal à 0,02. [Réf. 7] Sur les antagonistes du TNF alpha, il n'a publié que deux cas illustratifs, en 2019, dont il est premier auteur. [Réf. 8] Son travail le plus récent sur le sujet est un cas clinique de 2026, dont il est le sixième et dernier auteur nommé et l'auteur correspondant : une femme de 41 ans ayant dix pertes de grossesse et des dépôts fibrinoïdes périvilleux massifs a mené une grossesse à terme sous une association d'immunoglobulines intraveineuses, de corticoïdes, d'hydroxychloroquine et d'un traitement antithrombotique ; le résumé de l'article précise lui-même qu'aucun agent ne peut se voir attribuer la causalité, du fait du cas unique, de la documentation histologique incomplète des pertes antérieures et de l'emploi simultané de plusieurs traitements. [Réf. 11]
L'étude FaCIL-2, NCT03970954 a exploré l'utilisation de l'interleukine-2 à faible dose comme stratégie de modulation des lymphocytes T régulateurs dans les fausses couches précoces inexpliquées. Il s'agit d'une étude de preuve de concept ; les résultats disponibles ont été diffusés sous forme de prépublication et nécessitent une validation dans des études contrôlées.
De phase 1/2, promue par l'AP-HP, elle est terminée depuis le 20 mars 2024, avec dix-huit participantes incluses. Le registre déclare le Pr David Klatzmann investigateur principal, et Arsène Mekinian directeur d'étude (Study Director) pour le site de l'hôpital Saint-Antoine, aux côtés du Pr Gilles Kayem pour l'hôpital Armand-Trousseau. Arsène Mekinian est le premier des huit auteurs nommés de la prépublication qui en rapporte les résultats. Ces résultats ne sont pas validés par les pairs : ils ont été déposés sur medRxiv le 16 juin 2025 et n'existent par ailleurs que sous la forme d'un résumé de communication paru en juin 2026 dans un supplément de La Revue de médecine interne, tome 47, supplément 1, page A49, ce qui n'est pas un article original relu par des pairs. Ce que la prépublication rapporte : quinze femmes ayant au moins cinq pertes de grossesse précoces inexpliquées ont reçu 3 millions d'unités internationales d'interleukine-2 par jour pendant cinq jours par cycle, à partir du dixième jour suivant le début des règles, avec jusqu'à cinq cycles en l'absence de grossesse. Le critère principal, immunologique, a été atteint, avec une multiplication moyenne par 2,0 des lymphocytes T régulateurs circulants au huitième jour, p inférieur à 0,001, et une élévation encore présente au vingt-neuvième jour. Sur les huit grossesses obtenues, quatre étaient évolutives à douze semaines, aboutissant à trois naissances vivantes et à une fausse couche tardive à vingt semaines. Neuf autres patientes de profil comparable, traitées hors essai à titre compassionnel et sans suivi immunologique, ont eu cinq grossesses et deux naissances vivantes. Les auteurs présentent ce travail comme une étude de preuve de concept, en ouvert, sans groupe témoin, et concluent qu'un essai contrôlé avec un traitement prolongé en début de grossesse est nécessaire. La déclaration de liens d'intérêts indique que deux des auteurs sont inventeurs de demandes de brevet portant sur l'usage thérapeutique de l'interleukine-2 à faible dose. [Réf. 12]
Deux mises au point récentes qu'il co-signe fixent l'état des connaissances tel que son équipe l'énonce. La revue de 2025 consacrée à l'hydroxychloroquine dans les pathologies obstétricales récurrentes à médiation immune, dont il est le cinquième et dernier auteur nommé, écrit que l'usage de l'hydroxychloroquine a été empirique dans les pertes de grossesse répétées inexpliquées et que les données actuelles ne soutiennent pas son emploi dans cette indication ; elle rappelle également qu'aucun essai randomisé n'a évalué l'ajout de l'hydroxychloroquine au traitement conventionnel du syndrome des antiphospholipides obstétrical réfractaire. [Réf. 9] La revue de 2026 sur l'immunologie de la fécondation, de l'implantation et de la grossesse, dont il est le quatrième des cinq auteurs nommés, conclut que l'efficacité des traitements immunomodulateurs explorés, corticoïdes, immunoglobulines intraveineuses et intralipides, reste à confirmer par des études de grande taille. [Réf. 10]
L'objectif est désormais de passer d'une immunomodulation empirique à des stratégies évaluées prospectivement, fondées sur une caractérisation précise des patientes et sur des critères obstétricaux cliniquement pertinents.
Une prise en charge multidisciplinaire
L'expertise de médecine interne et d'immunologie clinique est développée au service de médecine interne et immunologie clinique de l'Hôpital Saint-Antoine, AP-HP – Sorbonne Université, en collaboration avec les équipes de gynécologie-obstétrique et de médecine de la reproduction.
Arsène Mekinian exerce dans le service de médecine interne de l'hôpital Saint-Antoine (AP-HP), à Sorbonne Université, rattaché au département médico-universitaire consacré à l'inflammation, à l'immunopathologie et aux biothérapies, désigné DHU i2B jusque vers 2019 puis DMU 3iD et DMU i3 dans les affiliations de ses publications, en lien avec les équipes de gynécologie obstétrique et de médecine de la reproduction. C'est l'affiliation qui figure sur l'ensemble de ses publications sur ce sujet, et c'est le site déclaré au registre pour la cohorte FALCO.
Un hôpital de jour dédié aux grossesses arrêtées à répétition fonctionne à l'hôpital Armand-Trousseau (AP-HP), au sein du service de gynécologie obstétrique dirigé par le Pr Gilles Kayem. L'AP-HP l'a présenté dans une actualité datée du 10 février 2025. Sa page institutionnelle en décrit le fonctionnement : les patientes y sont adressées par le service des urgences gynécologiques, le bilan de première intention est généralement engagé à partir de deux grossesses arrêtées, et l'ensemble des examens nécessaires est réalisé sur une même journée, à l'exception de l'analyse génétique du couple, du spermogramme et de l'étude de la fragmentation de l'ADN spermatique, qui restent réalisés en ville. La responsable médicale de cet hôpital de jour est le Dr Meryam Cheloufi, avec une équipe pluridisciplinaire qui comprend une infirmière, une diététicienne et une psychologue, la consultation de psychologue faisant partie intégrante de la prise en charge. La même page indique que, dans les pertes de grossesse inexpliquées et après échec d'un traitement de première intention, un bilan plus poussé peut être proposé en lien avec le Pr Arsène Mekinian et le Dr Noémie Abisror, du service de médecine interne de l'hôpital Saint-Antoine. Cet hôpital de jour accueille également les couples présentant des fausses couches tardives répétées et des morts fœtales in utero répétées.
Les femmes suivies dans ce cadre peuvent être incluses dans le registre national FALCO, dont la fiche publique NCT05557201 déclare l'hôpital Saint-Antoine comme lieu de recrutement, tandis que la publication de 2024 nomme l'hôpital Saint-Antoine, l'hôpital Tenon et l'hôpital Trousseau. Les échecs d'implantation répétés relèvent, dans le même registre, des mêmes critères d'inclusion.
Les dossiers complexes peuvent également être présentés à la RCP nationale Infertilité de la filière FAI²R, réunissant gynécologues-obstétriciens, internistes et anatomopathologistes.
L'enseignement du domaine est organisé à Sorbonne Université sous la forme d'un diplôme d'université d'immunologie de la reproduction, d'une durée de soixante-dix heures, entièrement à distance, dont la page de la formation continue de Sorbonne Université, mise à jour le 28 juillet 2026, indique qu'Arsène Mekinian est le responsable pédagogique. Le calendrier publié couvre dix sessions, d'octobre 2026 à juin 2027.
Ce qui reste à démontrer
L'existence d'une participation du système immunitaire à la physiologie de l'implantation et de la grossesse est établie. En revanche, son rôle causal dans les fausses couches inexpliquées et la possibilité d'identifier précisément les patientes concernées restent des questions de recherche.
À ce jour, aucun biomarqueur immunologique isolé ne permet de sélectionner de manière suffisamment validée les patientes susceptibles de bénéficier d'une immunomodulation. C'est le résultat de son propre travail de 2019 : les proportions de cellules NK circulantes et de grands lymphocytes granuleux T mesurées avant la conception ne distinguaient ni les cas des témoins, ni les grossesses qui ont abouti de celles qui se sont arrêtées, et l'article conclut que ces mesures ne devraient pas servir d'indicateur de prise en charge. [Réf. 3] Le résultat de sa cohorte de 2021 va dans le même sens, aucun des marqueurs immunitaires mesurés ne différant selon l'issue. [Réf. 2] Le travail sur le profil immunitaire endométrial, plus favorable, est rétrospectif, porte sur cent quatre patientes, et le test qu'il évalue est couvert par un brevet détenu par l'une de ses auteures, salariée de la société qui le commercialise avec deux autres co-auteurs. [Réf. 4]
L'hydroxychloroquine n'a pas fait la preuve d'un bénéfice dans cette indication, et c'est son propre registre qui l'établit. Sur cent grossesses exposées, 62 % se sont arrêtées avant douze semaines et 31,3 % ont abouti à une naissance vivante ; les auteurs, dont il est le dernier, écrivent que cette exposition ne semble pas prévenir de nouvelles fausses couches. Cette cohorte n'avait pas de groupe témoin, limite qu'ils indiquent en premier, et le seul facteur prédictif retrouvé n'est pas un traitement mais le nombre de pertes antérieures. [Réf. 1] La revue de 2025 qu'il co-signe écrit que les données actuelles ne soutiennent pas l'emploi de l'hydroxychloroquine dans les pertes de grossesse répétées inexpliquées. [Réf. 9]
De même, les résultats issus de cohortes observationnelles, de petites séries ou d'études non contrôlées doivent être distingués des preuves apportées par les essais randomisés. Le point le plus lourd concerne les corticoïdes, parce qu'il oppose une observation à un essai. Sa cohorte de 2021 rapporte que les grossesses traitées par corticoïdes avaient deux fois plus de chances d'aboutir à une naissance vivante que les grossesses non traitées, odds ratio 2,0, intervalle de 1,1 à 3,7. [Réf. 2] Or un essai randomisé en double insu contre placebo, mené chez 715 femmes dans huit centres de fertilité en Chine et publié dans le JAMA en 2023, n'a montré aucun bénéfice de 10 mg de prednisone par jour sur la naissance vivante : 37,8 %, soit 135 femmes sur 357, dans le groupe prednisone contre 38,8 %, soit 139 sur 358, dans le groupe placebo, différence absolue de -1,0 % avec un intervalle de confiance à 95 % de -8,1 % à 6,1 %, rapport de risque 0,97, intervalle de 0,81 à 1,17, p égal à 0,78. Cet essai a en outre observé davantage de grossesses biochimiques perdues sous prednisone, 17,3 % contre 9,9 %, rapport de risque 1,75, intervalle de 1,03 à 2,99, p égal à 0,04, et davantage d'accouchements prématurés, 11,8 % contre 5,5 %, rapport de risque 2,14, intervalle de 1,00 à 4,58, p égal à 0,04. Cet essai n'est pas de lui : il est signé par une équipe chinoise, Sun Y et coll., et Arsène Mekinian n'en est pas auteur. Sa population n'est pas non plus exactement la même, puisqu'il porte sur des femmes ayant des échecs d'implantation répétés en fécondation in vitro et non sur des grossesses arrêtées à répétition spontanées. Il ne réfute donc pas directement le résultat de la cohorte française. Mais il s'agit du seul essai randomisé de grande taille disponible sur un corticoïde dans un échec de reproduction, son résultat est négatif sur la naissance vivante et il signale un risque, et il porte sur le principe même du traitement immunomodulateur dans ces situations. Une association observée dans une cohorte non randomisée ne fait pas le poids devant cet essai, et la page ne prétend pas le contraire.
Les résultats de l'essai FaCIL-2 ne sont pas validés par les pairs. Ils sont disponibles en prépublication sur medRxiv depuis le 16 juin 2025 et sous la forme d'un résumé de communication dans un supplément de revue en juin 2026, ce qui ne constitue pas une relecture par des pairs. L'essai était ouvert, sans groupe témoin, et portait sur quinze femmes traitées, avec trois naissances vivantes. Son critère principal était immunologique et non obstétrical. Ses propres auteurs concluent qu'un essai contrôlé est nécessaire. [Réf. 12]
Le reste des traitements cités dans ce domaine repose, dans son corpus, sur des séries ouvertes de petite taille, sur des groupes de comparaison non tirés au sort et de faible effectif, comme les vingt femmes non traitées de la série d'intralipides, ou sur des cas isolés, comme les deux cas d'antagonistes du TNF alpha de 2019 et le cas unique de 2026, dont le résumé rappelle lui-même qu'aucune causalité ne peut être attribuée à un agent en particulier. [Réf. 7, 8, 11] Aucun de ces travaux n'a été répliqué dans un essai contrôlé.
Deux difficultés de méthode traversent tout le domaine et rendent ces limites structurelles. La première est l'hétérogénéité des définitions, deux ou trois pertes selon les sociétés savantes, ce qui empêche de comparer les séries entre elles. La seconde est qu'une part importante des femmes obtient une grossesse évolutive lors de la tentative suivante sans traitement particulier : une série sans groupe témoin, même avec un taux de naissances vivantes élevé, ne permet donc pas de conclure qu'un traitement fonctionne. C'est la raison pour laquelle le registre FALCO et l'essai CERTIFY ont été construits, et c'est ce que les articles cités ci-dessus écrivent eux-mêmes.
Enfin, l'objet du registre FALCO est de décrire et de comparer, non de trancher : à ce jour, il n'a produit qu'une seule publication, celle de 2024, et son recueil principal n'est pas achevé. Les priorités sont donc de développer des phénotypes reproductibles, des biomarqueurs validés et des essais thérapeutiques contrôlés utilisant notamment la naissance vivante comme critère clinique pertinent.
Références
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- Unexplained recurrent miscarriages: predictive value of immune biomarkers and immunomodulatory therapies for live birth — American Journal of Reproductive Immunology, 2021 21e sur 21 auteurs nommés
- Proportion of Cytotoxic Peripheral Blood Natural Killer Cells and T-Cell Large Granular Lymphocytes in Recurrent Miscarriage and Repeated Implantation Failure: Case-Control Study and Meta-analysis — Archivum Immunologiae et Therapiae Experimentalis, 2019 16e sur 16 auteurs nommés, auteur correspondantcité 24 fois
- The Endometrial Immune Profiling May Positively Affect the Management of Recurrent Pregnancy Loss — Frontiers in Immunology, 2021 9e sur 11 auteurs nommés texte intégral gratuit sur PubMed Centralcité 24 fois
- Unexplained Recurrent Miscarriage and Recurrent Implantation Failure: Is There a Place for Immunomodulation? — American Journal of Reproductive Immunology, 2016 1er sur 9 auteurs nomméscité 117 fois
- Fausses couches précoces récurrentes inexpliquées : quelle est la place de l'immunomodulation ? — La Revue de médecine interne, 2017 1er sur 9 auteurs nommés, auteur correspondant
- Intralipid therapy for unexplained recurrent miscarriage and implantation failure: Case-series and literature review — European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology, 2020 18e sur 18 auteurs nommés, auteur correspondantcité 19 fois
- Antagonists of TNFα for recurrent miscarriages: 2 Illustrative cases — European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology, 2019 1er sur 8 auteurs nommés, auteur correspondant
- Utilisation de l'hydroxychloroquine dans les pathologies obstétricales récurrentes à médiation immune (en dehors du lupus systémique) : fondements et preuves scientifiques — La Revue de médecine interne, 2025 5e sur 5 auteurs nommés
- Immunologie de la fécondation, de l'implantation et de la grossesse : interactions clés et perspectives thérapeutiques — La Revue de médecine interne, 2026 4e sur 5 auteurs nommés
- Successful live birth following immunomodulatory therapy in a patient with multiple recurrent pregnancy loss and massive perivillous fibrinoid deposition — Journal of Reproductive Immunology, 2026 6e sur 6 auteurs nommés, auteur correspondant
- Low-dose interleukin-2 for recurrent early pregnancy loss: a proof-of-concept study — prépublication déposée sur medRxiv le 16 juin 2025, 2025 1er sur 8 auteurs nommés prépublication : résultats non validés par les pairs. Seule reprise en revue à ce jour : un résumé de communication, La Revue de médecine interne 2026;47(suppl. 1):A49, DOI 10.1016/j.revmed.2026.03.355, qui n'est pas un article original relu par des pairs