Échecs d'implantation répétés
Les échecs répétés d'implantation constituent une situation complexe de médecine de la reproduction, caractérisée par l'absence de grossesse après plusieurs transferts d'embryons considérés comme susceptibles de s'implanter. Leur définition n'est pas uniforme et varie d'une équipe à l'autre, ce qui rend les études difficiles à comparer entre elles. Les travaux auxquels Arsène Mekinian a participé portent sur les marqueurs immunitaires sanguins, sur une cohorte française de femmes traitées par immunomodulation et sur un essai contrôlé en cours. C'est de la recherche, ce n'est pas une offre de soin.
Après une fécondation in vitro, l'embryon obtenu au laboratoire est déposé dans l'utérus : c'est le transfert d'embryon. Pour qu'une grossesse démarre, il faut que cet embryon s'implante dans la muqueuse utérine, l'endomètre. Il arrive que plusieurs transferts d'embryons jugés de bonne qualité se succèdent sans qu'aucune grossesse ne s'installe. C'est cette situation que l'on appelle échec d'implantation répété, souvent abrégé RIF d'après l'anglais recurrent implantation failure. Ce n'est pas une maladie, c'est une situation clinique : un constat de répétition, et la question de savoir s'il faut chercher plus loin.
Leur définition n'est pas uniforme et doit tenir compte de plusieurs paramètres, notamment l'âge maternel, les caractéristiques embryonnaires, le nombre et le type de transferts réalisés et la probabilité attendue d'implantation.
Après exclusion des principales causes embryonnaires, anatomiques, endocriniennes et gynécologiques, la contribution éventuelle de mécanismes endométriaux, inflammatoires ou immunologiques constitue un champ actif de recherche. La suite de cette page décrit ce que les travaux auxquels Arsène Mekinian a participé ont réellement mesuré, y compris lorsque le résultat est négatif.
Une définition encore évolutive
Il n'existe pas de définition internationale unique de l'échec d'implantation répété.
Les premières études utilisaient principalement un nombre prédéfini de transferts infructueux. C'est la position que retient l'étude multicentrique française de 2021 de son équipe, qui définit dans sa première phrase l'échec d'implantation répété inexpliqué comme l'absence de grossesse après au moins trois transferts d'embryons de bonne qualité après fécondation in vitro ou ICSI 3. L'essai CERTIFY reprend ce seuil de trois transferts en s'appuyant sur les critères d'Istanbul de qualité embryonnaire 8.
Les approches plus récentes tendent à intégrer la probabilité individuelle d'implantation, afin d'éviter d'appliquer un même seuil à des situations biologiquement différentes. Les recommandations de bonne pratique de l'ESHRE de 2023, qui ne sont pas de lui, refusent ainsi de fixer un nombre de transferts et décrivent la situation par la décision d'explorer : l'échec d'implantation répété y est défini comme la situation dans laquelle le transfert d'embryons considérés comme viables n'a pas abouti à un test de grossesse positif assez souvent, chez une patiente donnée, pour justifier d'envisager des explorations ou des interventions supplémentaires, avec un repère chiffré, une chance cumulée d'implantation prédite supérieure à 60 % 9. Un avis de comité de l'American Society for Reproductive Medicine paru en août 2026, qui n'est pas de lui non plus, annonce revoir les critères diagnostiques et proposer une évaluation fondée sur les preuves ; son texte intégral est en accès fermé et seul son résumé a été lu, de sorte qu'aucune de ses recommandations ne peut être citée en détail ici 10.
Trois définitions coexistent donc, et écrire que l'échec d'implantation répété « se définit par trois échecs » serait inexact. Cette hétérogénéité des définitions constitue une limite importante pour comparer les études et évaluer les stratégies diagnostiques ou thérapeutiques.
Pourquoi étudier l'immunité ?
L'implantation résulte d'interactions complexes entre l'embryon, le trophoblaste, l'endomètre et le système immunitaire maternel. La grossesse suppose que le système immunitaire de la mère tolère un embryon à moitié étranger, et l'on cherche depuis une vingtaine d'années si un défaut de cette tolérance pourrait expliquer certains échecs.
Les cellules NK utérines, macrophages, lymphocytes T régulateurs, cytokines, molécules HLA et interactions KIR/HLA-C participent à la régulation de l'interface materno-fœtale et au développement placentaire précoce. La synthèse la plus récente de l'équipe, une revue en français parue en janvier 2026 dans La Revue de médecine interne où Arsène Mekinian est quatrième auteur sur cinq, décrit le rôle des cellules NK utérines, des macrophages et des cellules dendritiques à cette interface, l'équilibre entre cytokines pro-inflammatoires et anti-inflammatoires, et les altérations de la réceptivité endométriale observées dans l'endométriose, l'adénomyose et l'endométrite chronique. Sa phrase de conclusion est que les traitements immunomodulateurs comme les corticoïdes, les immunoglobulines intraveineuses et les intralipides sont à l'étude pour améliorer les résultats des grossesses, mais que leur efficacité reste à confirmer par des études de grande taille 7.
Des variations de certains de ces paramètres ont été décrites chez des patientes présentant des échecs d'implantation. Leur signification clinique reste cependant difficile à établir.
En particulier, il est essentiel de distinguer mécanisme physiologique, association biologique, biomarqueur prédictif et cible thérapeutique : la démonstration de l'un n'établit pas nécessairement les autres.
Axes de recherche
Les travaux auxquels participe Arsène Mekinian cherchent notamment à préciser plusieurs questions.
Caractérisation immunologique
Identifier d'éventuels phénotypes immunologiques associés aux échecs répétés d'implantation.
Biomarqueurs
Évaluer la pertinence des marqueurs circulants et endométriaux proposés pour caractériser ces patientes.
Interface endomètre–immunité
Étudier les interactions entre réceptivité endométriale, inflammation et système immunitaire, notamment dans des situations telles que l'endométriose, l'adénomyose ou l'endométrite chronique. Deux revues de l'équipe déplacent ainsi la question du sang vers l'endomètre. La première, parue en mars 2021 dans American Journal of Reproductive Immunology, porte sur l'endométriose associée à l'infertilité et rassemble les données sur les cytokines et les autoanticorps du sérum et du liquide péritonéal : elle retrouve dans quelques études non contrôlées une augmentation des taux de grossesse sous corticoïdes et sous antagonistes du TNF alpha, et conclut explicitement à l'absence d'essais correctement conçus ; Arsène Mekinian y est douzième et dernier auteur sur douze auteurs nommés 5. La seconde, parue en août 2021 dans Journal of Clinical Medicine, fait le point sur les micro-ARN de l'endomètre normal et pathologique et évoque l'existence attendue de signatures propres à l'échec d'implantation répété comme piste diagnostique à évaluer ; il y est quatrième auteur sur huit 6.
Immunomodulation
Évaluer dans des études contrôlées si certaines stratégies immunomodulatrices peuvent modifier les chances d'implantation et, surtout, les résultats obstétricaux. Le texte fondateur de l'équipe sur ce sujet est une revue avec méta-analyse parue en juillet 2016 dans American Journal of Reproductive Immunology, dont Arsène Mekinian est premier auteur sur neuf auteurs nommés 1. Elle traite ensemble les fausses couches à répétition et les échecs d'implantation, et passe en revue les corticoïdes, la progestérone, les intralipides, les antagonistes du TNF alpha, le G-CSF, l'hydroxychloroquine, les immunoglobulines intraveineuses et le grattage endométrial, à partir de recherches menées dans Medline, Embase et la Cochrane Library. Les chiffres qu'elle rapporte sont ceux de la littérature réunie par les auteurs, et non ceux d'une série qui leur serait propre : bénéfice modeste de la progestérone sur la naissance vivante, avec un odds ratio de 1,38 (intervalle de confiance à 95 % 1,07 à 1,77) et une hétérogénéité forte entre études (p = 0,01 ; I² = 78 %) ; chez 200 femmes traitées par intralipides pour fausses couches à répétition et échecs d'implantation, un taux de grossesse de 52 %. Les résultats les plus favorables cités dans cette revue, ceux des antagonistes du TNF alpha et du G-CSF, concernent des séries de fausses couches à répétition et non des échecs d'implantation, ce qui interdit de les transposer. La conclusion des auteurs est qu'il reste à démontrer l'efficacité de ces médicaments et à définir quels sous-groupes de patientes pourraient en tirer un bénéfice.
Les travaux sur les cellules NK circulantes illustrent les limites actuelles de cette approche : des différences ont été rapportées entre populations dans certaines études, mais leur mesure sanguine n'a pas démontré une valeur suffisamment reproductible pour guider à elle seule la prise en charge individuelle. Le travail le plus net de l'équipe est de ce point de vue un résultat négatif, et il porte sur l'examen que l'on propose le plus souvent aux femmes concernées : le dosage des cellules NK dans le sang. Dans une étude cas témoins suivie d'une méta-analyse de la littérature, publiée en août 2019 dans Archivum Immunologiae et Therapiae Experimentalis, 115 femmes ont été recrutées consécutivement de décembre 2015 à octobre 2017 dans trois hôpitaux universitaires : 54 avec fausses couches à répétition, 41 avec échecs d'implantation répétés et 20 témoins ayant eu au moins deux naissances à terme. Les pourcentages de cellules NK (CD3−CD56+) et de grands lymphocytes granuleux T (CD8+CD57+) mesurés avant la conception ne diffèrent pas entre les cas et les témoins, et ne diffèrent pas non plus entre les femmes qui feront ensuite une fausse couche et celles qui auront une naissance vivante. La méta-analyse de la littérature retrouve bien, elle, des proportions de cellules NK plus élevées que chez les témoins dans les fausses couches à répétition (différence moyenne 3,47 ; intervalle de confiance à 95 % 2,94 à 4,00 ; p < 0,001) et dans les échecs d'implantation (différence moyenne 1,64 ; intervalle de confiance 0,82 à 2,45 ; p < 0,001), mais avec une hétérogénéité élevée entre les études. Les auteurs concluent que la proportion de cellules NK sanguines en période préconceptionnelle ne reflète pas le risque d'échec d'implantation ni de fausse couche et ne devrait pas servir d'indicateur pour la prise en charge. Arsène Mekinian est seizième et dernier auteur sur seize auteurs nommés de ce travail 2.
Des données observationnelles à l'essai contrôlé
Plusieurs traitements immunomodulateurs ont été utilisés ou étudiés dans les échecs répétés d'implantation : corticoïdes, intralipides, immunoglobulines intraveineuses et antagonistes du TNF, entre autres.
Des cohortes françaises ont rapporté des associations entre certaines de ces stratégies et l'obtention d'une grossesse. La principale est la cohorte multicentrique française de 2021, parue dans Journal of Reproductive Immunology, dont les chiffres circulent le plus et dont les limites doivent être lues avec le résultat. Il s'agit d'une étude observationnelle multicentrique, indexée comme telle, et non d'un essai. Soixante-quatre femmes d'âge moyen 36 plus ou moins 3 ans ont été recrutées consécutivement dans des services universitaires pour échec d'implantation répété inexpliqué. Leurs 340 transferts d'embryons ont donné 68 grossesses cliniques et 18 naissances vivantes. Une grossesse clinique a été notée après 56 % des transferts effectués sous intralipides et 50 % des transferts effectués sous prednisone, contre 5 % des transferts non traités (p < 0,001). Sur l'ensemble des transferts, les grossesses cliniques ont été plus fréquentes après les transferts traités qu'après les transferts non traités, 44 % contre 9 % (p < 0,001), avec un odds ratio de 8,13 (intervalle de confiance à 95 % 4,49 à 14,72 ; p < 0,0001). Les taux cumulés de grossesse ne différaient pas entre les transferts sous corticoïdes et les transferts sous intralipides. La conclusion écrite par les auteurs eux-mêmes est que des études randomisées bien conçues, dans une population de femmes correctement définie, sont nécessaires pour confirmer ces données préliminaires. Arsène Mekinian est quinzième et dernier auteur sur quinze auteurs nommés, et auteur correspondant 3.
Une série rétrospective consacrée aux seuls intralipides, publiée en septembre 2020 dans European Journal of Obstetrics and Gynecology and Reproductive Biology, donne la mesure de l'effectif réellement traité. Des femmes présentant des fausses couches à répétition et des échecs d'implantation inexpliqués ont été incluses de 2015 à 2018 dans trois hôpitaux universitaires français. Sur 187 femmes traitées pour ces deux situations, 26 ont reçu des intralipides, d'âge médian 36 ans (29 à 43). Parmi ces 26 femmes, 16 avaient des antécédents d'échecs d'implantation répétés, avec un âge médian de 37 ans (29 à 43) et une médiane de 9,5 transferts d'embryons (3 à 19) : une grossesse clinique est survenue chez 9 d'entre elles (56 %) après un transfert effectué sous intralipides, et 5 de ces grossesses (55 %) ont abouti à une naissance vivante. Dans le sous-groupe des 10 femmes ayant des fausses couches à répétition, avec une médiane de 5 fausses couches antérieures (4 à 8), 7 naissances vivantes (70 %) ont été observées sous intralipides, plus souvent que chez les 20 femmes non traitées (p = 0,02), sans différence d'âge, de nombre de fausses couches antérieures ni de traitements associés entre les deux groupes. Arsène Mekinian est dix-huitième et dernier auteur sur dix-huit auteurs nommés 4.
Ces études sont toutefois observationnelles, avec de faibles effectifs et sans randomisation, et ne permettent donc pas d'attribuer avec certitude les résultats au traitement administré.
Les données issues des essais randomisés disponibles invitent par ailleurs à la prudence concernant l'utilisation empirique des immunomodulateurs. Le seul essai randomisé de taille suffisante publié à ce jour dans cette indication est négatif, et il n'est pas de lui : un essai randomisé en double aveugle contre placebo conduit dans huit centres de fertilité en Chine, avec des inclusions de novembre 2018 à août 2020 et publié dans le JAMA en 2023, a randomisé 715 femmes ayant au moins deux transferts infructueux et âgées de moins de 38 ans au moment du recueil des ovocytes : 357 ont reçu 10 mg de prednisone par jour et 358 un placebo. La naissance vivante est survenue chez 37,8 % des femmes du groupe prednisone (135 sur 357) contre 38,8 % du groupe placebo (139 sur 358), soit une différence absolue de −1,0 % (intervalle de confiance à 95 % −8,1 à 6,1 ; risque relatif 0,97 ; intervalle de confiance 0,81 à 1,17 ; p = 0,78). Deux résultats secondaires sont en défaveur de la prednisone : pertes de grossesse biochimiques 17,3 % contre 9,9 % (risque relatif 1,75 ; intervalle de confiance 1,03 à 2,99 ; p = 0,04) et accouchements prématurés 11,8 % contre 5,5 % (risque relatif 2,14 ; intervalle de confiance 1,00 à 4,58 ; p = 0,04) 11.
La lecture conjointe s'impose : la prednisone est le traitement de la moitié des cycles traités de la cohorte française de 2021, où elle est associée à 50 % de grossesses cliniques après transfert contre 5 % sans traitement 3, et cette différence observée sans randomisation ne se retrouve pas sur la naissance vivante lorsqu'on tire au sort. Un taux de grossesse clinique élevé dans une série non contrôlée ne vaut pas preuve d'efficacité.
L'enjeu est désormais de passer de ces signaux observationnels à des essais prospectifs contrôlés, avec une définition homogène des patientes et des critères cliniques pertinents.
CERTIFY
CERTIFY, NCT05930613 est un essai randomisé de phase III, en double aveugle contre placebo, promu par l'AP-HP. Il porte également les numéros EudraCT 2021-005309-28 et interne APHP200031.
Il évalue le certolizumab pegol, un antagoniste du TNF, chez des femmes présentant des échecs répétés d'implantation inexpliqués.
L'étude vise à déterminer si une stratégie ciblée d'immunomodulation peut améliorer l'implantation et les résultats ultérieurs de la grossesse dans une population précisément définie. Le protocole enregistré prévoit 161 participantes, des femmes de 18 à 40 ans répondant à la définition de l'échec d'implantation répété par au moins trois transferts d'embryons de bonne qualité selon les critères d'Istanbul, et quatre injections sous-cutanées de 400 mg de certolizumab ou de placebo, cinq semaines et une semaine avant le transfert d'embryon puis trois et sept semaines après lui en cas de grossesse. L'aveugle porte sur la participante et sur l'investigateur. Le critère de jugement principal est la grossesse clinique, définie par la présence d'une activité cardiaque à l'échographie à cinq semaines de grossesse ; la naissance vivante, de 22 à 40 semaines, et la fausse couche avant 12 semaines sont des critères secondaires. Le début effectif de l'essai est daté du 30 novembre 2023 et la fin est estimée en avril 2029. Une participante sur deux reçoit un placebo.
À ce jour, aucun résultat de l'essai n'est publié. Il ne peut donc être tiré aucune conclusion concernant l'efficacité du certolizumab dans cette indication. Aucun résultat n'est déposé au registre. La fiche ClinicalTrials.gov affiche le statut « recrutement », mais elle n'a pas été mise à jour depuis le 11 décembre 2023 et sa dernière vérification par le promoteur date de décembre 2023 : elle ne prouve donc pas que le recrutement se poursuive en septembre 2026.
Cette même fiche donne Arsène Mekinian investigateur principal ; la page du registre des essais cliniques de l'AP-HP, consultée le 8 septembre 2026, nomme une investigatrice coordinatrice, le Pr Nathalie Chabbert-Buffet, et ne le cite pas. Cette page écrit ce que déclarent les deux registres et ne tranche pas entre eux ; la formulation exacte de son rôle reste à arbitrer avec lui 8.
Organisation multidisciplinaire
Ces travaux sont développés au sein du service de médecine interne et immunologie clinique de l'Hôpital Saint-Antoine, AP-HP – Sorbonne Université, en collaboration avec les équipes de gynécologie-obstétrique et de médecine de la reproduction, notamment de l'Hôpital Tenon, ainsi qu'avec les équipes d'immunologie et de biologie.
Les notices MEDLINE de ce domaine portent la forme « service de médecine interne » de l'hôpital Saint-Antoine, rattaché au département médico-universitaire consacré à l'inflammation, à l'immunopathologie et aux biothérapies, désigné DHU i2B jusque vers 2019 puis DMU 3iD et DMU i3 dans les affiliations de ses publications. C'est l'affiliation portée par Arsène Mekinian sur ses notices MEDLINE de ce domaine.
Aucun de ces travaux n'est le fait d'un service isolé. Les signatures associent, sur chacun d'eux, le service de gynécologie-obstétrique et médecine de la reproduction de l'hôpital Tenon, le service d'obstétrique de l'hôpital Armand-Trousseau, et les services d'hématologie biologique et d'immunologie de l'hôpital Saint-Antoine, qui réalisent les mesures de cytométrie. Les séries publiées portent la mention de trois hôpitaux universitaires français, en 2019 comme en 2020, et l'étude de 2021 est indexée comme étude multicentrique. Cette organisation permet d'associer l'expertise de médecine de la reproduction à l'évaluation immunologique et à la recherche clinique.
L'essai CERTIFY est promu par l'AP-HP. Sur la page du registre des essais cliniques de l'AP-HP consultée le 8 septembre 2026, l'unité de recherche clinique coordonnatrice est celle de la Pitié-Salpêtrière, le centre coordonnateur est l'hôpital Tenon, le statut affiché est « inclusions en cours » et l'établissement recruteur visible est l'hôpital Saint-Antoine, une liste d'autres lieux étant repliée sur la page. La fiche ClinicalTrials.gov, elle, ne déclare qu'un seul lieu, l'hôpital Saint-Antoine à Paris. La même page de l'AP-HP indique que les injections de l'essai sont administrées par des infirmiers lors des consultations de médecine interne.
Les situations particulièrement complexes peuvent également faire l'objet d'une discussion multidisciplinaire, notamment dans le cadre de la RCP nationale Infertilité de la filière FAI²R. Arsène Mekinian indique en assurer la coordination, selon le texte transmis par Arsène Mekinian le 9 septembre 2026 ; cette réunion n'est décrite dans aucune de ses publications de ce domaine, et la coordination qu'il indique assurer n'est nommée sur aucune source publique lue.
Les explorations et les traitements décrits sur cette page relèvent soit de protocoles de recherche enregistrés, avec des critères d'inclusion publiés en même temps que l'essai, soit de décisions prises situation par situation avec le centre d'assistance médicale à la procréation qui suit la patiente. Ce site ne prend aucun rendez-vous et n'oriente vers aucune consultation.
Ce qui reste à démontrer
La participation du système immunitaire à l'implantation est établie sur le plan physiologique. En revanche, l'existence d'un mécanisme immunologique pathologique expliquant certains échecs répétés d'implantation reste difficile à caractériser individuellement.
La définition elle-même n'est pas stabilisée. L'article de 2021 de son équipe retient l'absence de grossesse après au moins trois transferts d'embryons de bonne qualité 3, l'essai CERTIFY reprend ce seuil en s'appuyant sur les critères d'Istanbul 8, et les recommandations de l'ESHRE de 2023 refusent au contraire de fixer un nombre de transferts 9. Trois définitions coexistent.
À ce jour, aucun biomarqueur immunologique isolé ne permet de sélectionner de manière suffisamment validée les patientes susceptibles de bénéficier d'un traitement immunomodulateur. Le travail de 2019 conclut que la proportion de cellules NK sanguines mesurée avant la conception ne reflète pas le risque et ne devrait pas servir d'indicateur de prise en charge, et ses auteurs appellent de larges études prospectives pour mettre au point un marqueur sanguin fiable de dérégulation immunitaire 2. La valeur clinique de plusieurs explorations proposées, notamment certains profils de cellules NK, cytokines ou marqueurs immunitaires endométriaux, reste à établir dans des études prospectives reproductibles. Les cellules NK circulantes et utérines doivent notamment être considérées comme deux compartiments distincts. Le travail de 2019 porte sur celles du sang 2, tandis que la revue de 2026 décrit les cellules NK utérines comme un acteur central de l'interface materno-fœtale sans qu'aucun seuil utilisable en pratique en découle 7. Les recommandations de l'ESHRE de 2023, qui ne sont pas de lui, ont classé les explorations et les interventions selon trois couleurs, recommandé, à considérer, non recommandé en routine, avec dix-neuf recommandations sur les explorations et treize sur les interventions 9.
De même, les résultats encourageants de certaines cohortes observationnelles ne constituent pas une démonstration d'efficacité thérapeutique. Dans la cohorte de 2021, soixante-quatre femmes, aucune randomisation, aucun bras contrôle constitué par tirage au sort : les transferts traités sont comparés à des transferts non traités, souvent chez les mêmes femmes et à des moments différents de leur parcours, ce qui expose à confondre l'effet du traitement avec celui du temps, du nombre de tentatives ou de la sélection des patientes. Les auteurs qualifient eux-mêmes leurs résultats de données préliminaires et appellent des études randomisées 3. La même réserve vaut pour la série de 2020 sur les intralipides, rétrospective, portant sur 16 femmes en échec d'implantation 4. Et le seul essai randomisé de taille suffisante publié dans cette indication, chez 715 femmes, est négatif sur la naissance vivante 11.
L'essai en cours ne dit rien encore. CERTIFY n'a déposé aucun résultat, une participante sur deux reçoit un placebo, et l'effectif réellement inclus à ce jour n'est donné par aucune source publique. La fiche du registre n'a pas été actualisée depuis le 11 décembre 2023 et la page de l'AP-HP n'affiche pas de date de mise à jour : le statut « recrutement en cours » ne peut pas être présenté ici comme un fait établi en septembre 2026 8. Enfin, le rôle exact d'Arsène Mekinian sur cet essai diverge entre deux sources publiques, et cette page ne le tranche pas.
Les priorités de recherche sont donc de mieux définir les patientes, valider les biomarqueurs et évaluer les interventions dans des essais randomisés, en privilégiant les critères cliniquement pertinents, notamment la naissance vivante.
Références
- Unexplained Recurrent Miscarriage and Recurrent Implantation Failure: Is There a Place for Immunomodulation? — American Journal of Reproductive Immunology, 2016 1er sur 9 auteurs nommés. Revue et méta-analyse de la littérature.cité 117 fois
- Proportion of Cytotoxic Peripheral Blood Natural Killer Cells and T-Cell Large Granular Lymphocytes in Recurrent Miscarriage and Repeated Implantation Failure: Case-Control Study and Meta-analysis — Archivum Immunologiae et Therapiae Experimentalis, 2019 16e sur 16 auteurs nommés, auteur correspondant. Étude cas-témoins et méta-analyse.cité 24 fois
- Unexplained recurrent implantation failures: Predictive factors of pregnancy and therapeutic management from a French multicentre study — Journal of Reproductive Immunology, 2021 15e sur 15 auteurs nommés, auteur correspondant. Étude observationnelle multicentrique, sans randomisation.
- Intralipid therapy for unexplained recurrent miscarriage and implantation failure: Case-series and literature review — European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology, 2020 18e sur 18 auteurs nommés. Cohorte rétrospective et revue de la littérature.cité 19 fois
- Endometriosis with infertility: A comprehensive review on the role of immune deregulation and immunomodulation therapy — American Journal of Reproductive Immunology, 2021 12e sur 12 auteurs nommés. Revue de la littérature.
- Role of miRNAs in Normal Endometrium and in Endometrial Disorders: Comprehensive Review — J Clin Med, 2021 4e sur 8 auteurs nommés. Revue de la littérature, accès libre en PMC (PMC8396961).
- Immunologie de la fécondation, de l'implantation et de la grossesse : interactions clés et perspectives thérapeutiques — La Revue de médecine interne, 2026 4e sur 5 auteurs nommés. Revue de la littérature, en français.
- Efficacy of Certolizumab in Women With Unexplained Recurrent Implantation Failure: a Double-blind Randomized Controlled Trial (CERTIFY) — registre ClinicalTrials.gov, 2023 Arsène Mekinian investigateur principal selon la fiche du registre. Essai de phase 3 randomisé en double aveugle contre placebo, promoteur AP-HP, 161 participantes prévues, aucun résultat déposé, fiche mise à jour le 11 décembre 2023.
- ESHRE good practice recommendations on recurrent implantation failure — Human Reproduction Open, 2023 ESHRE Working Group on Recurrent Implantation Failure, 10 auteurs nommés, Arsène Mekinian n'en est pas signataire. Accès libre. Texte intégral gratuit : PMC10270320.
- Recurrent implantation failure: a committee opinion — Fertil Steril, 2026 Practice Committee of the American Society for Reproductive Medicine, texte de consortium sans auteur nommé, Arsène Mekinian n'en est pas signataire. Accès fermé, seul le résumé a été lu.
- Prednisone vs Placebo and Live Birth in Patients With Recurrent Implantation Failure Undergoing In Vitro Fertilization: A Randomized Clinical Trial — JAMA, 2023 Sun Y et coll., 30 auteurs nommés, Arsène Mekinian n'en est pas signataire. Essai randomisé, registre ChiCTR1800018783. Texte intégral gratuit : PMC10155063.