Maladies auto-immunes et auto-inflammatoires

Hémopathies myéloïdes et manifestations inflammatoires

Un quart environ des patients atteints de syndrome myélodysplasique présente des manifestations auto-immunes ou inflammatoires. Ces situations, à la frontière de l'hématologie et de la médecine interne, sont l'objet du réseau MINHEMON.

Quel est le lien entre hémopathie myéloïde et inflammation ?

Les syndromes myélodysplasiques et la leucémie myélomonocytaire chronique sont des maladies de la moelle osseuse. Un groupe de cellules souches porteuses d'anomalies acquises y prend le dessus et fabrique des cellules sanguines en nombre ou en qualité insuffisants. Il en résulte une anémie, des infections répétées ou des saignements. Ces maladies surviennent surtout chez l'adulte après soixante ans. La leucémie myélomonocytaire chronique occupe une position intermédiaire entre les syndromes myélodysplasiques et les maladies où la moelle produit trop de cellules.

Chez une partie de ces patients s'ajoutent des manifestations inflammatoires ou auto-immunes : inflammation de la paroi des vaisseaux, arthrites, inflammation des cartilages de l'oreille ou du nez, éruptions cutanées riches en polynucléaires, fièvres répétées. Ces manifestations précèdent parfois de plusieurs années le diagnostic de l'hémopathie et répondent souvent mal aux traitements habituels de l'inflammation. La question posée par cette association est de savoir si l'inflammation procède du clone anormal de la moelle, et donc si traiter la moelle traite l'inflammation. Elle relève à la fois de la médecine interne et de l'hématologie, ce qui explique que les travaux de ce domaine soient conduits par les deux spécialités ensemble.

Son travail sur ce sujet

L'étude qui a structuré ce champ en France est une étude rétrospective multicentrique publiée dans Rheumatology (Oxford) en 2016, dont Arsène Mekinian est premier auteur sur quarante auteurs nommés. Elle a analysé 123 patients ayant un syndrome myélodysplasique et une maladie systémique inflammatoire ou auto-immune associée, et les a comparés à 665 patients atteints de syndrome myélodysplasique ou de leucémie myélomonocytaire chronique sans manifestation de ce type. L'âge moyen était de 70 ans et le rapport hommes sur femmes de 2. Les manifestations étaient une vascularite systémique dans 39 cas (32 %), une connectivite dans 31 cas (25 %), une arthrite inflammatoire dans 28 cas (23 %), une dermatose neutrophilique dans 12 cas (10 %), et restaient inclassées dans 13 cas (11 %). Une association significative a été mise en évidence entre leucémie myélomonocytaire chronique et vascularite systémique (P = 0,0024). Cent dix-huit patients (96 %) ont été traités, dont 91 % par corticoïdes ; la réponse au traitement de première ligne a été de 83 %, et de 80 % pour les corticoïdes seuls, mais une deuxième ligne a été nécessaire dans 48 % des cas pour corticodépendance ou rechute. Comparés aux 665 patients sans manifestation systémique, les patients qui en avaient une étaient plus jeunes, plus souvent des hommes, et avaient plus souvent un caryotype défavorable (16 % contre 11 %, P = 0,04), sans différence de survie globale entre les deux groupes (P = 0,5). L'article a été mis en ligne en septembre 2015, avant la déclaration de l'association MINHEMON en 2016 ; il précède donc le club et ne peut pas lui être attribué. 1

La suite de ce travail a porté sur l'idée de traiter la manifestation inflammatoire en traitant la moelle. Une série rétrospective de 22 patients publiée dans Leukemia Research en 2016, dont il est deuxième auteur sur vingt et un auteurs nommés, a observé une réponse de la maladie auto-immune à l'azacitidine chez 19 patients (86 %), une diminution ou un arrêt des corticoïdes ou des immunosuppresseurs chez 16 (73 %) et une réponse hématologique chez 55 % des patients ; l'évolution de l'hémopathie et celle de la maladie auto-immune ont été concordantes dans 13 cas (59 %). 2 Cette observation rétrospective a conduit à un essai prospectif de phase 2, GFM-AZA-SAID, enregistré sous le numéro NCT02985190, promu par le Groupe francophone des myélodysplasies avec Celgene comme collaborateur industriel, ouvert dans 59 centres français, ayant inclus 30 patients entre le 26 janvier 2017 et le 30 août 2022, et dont Arsène Mekinian est l'investigateur principal. L'essai est terminé et il a été publié : une lettre parue dans Leukemia en 2022, dont il est premier auteur sur trente-six auteurs nommés et auteur correspondant. 9 Ses résultats chiffrés d'ensemble ne sont pas donnés ici : aucun résultat n'est déposé sur le registre, et la partie résultats de la lettre n'est pas en accès libre. Une donnée partielle est disponible à la source : une lettre publiée dans Haematologica en 2025, qu'il cosigne en douzième position sur treize auteurs nommés, rapporte que, dans l'essai AZA-SAID, 9 patients sur 12 atteints d'un syndrome VEXAS ont répondu à l'azacitidine, avec un suivi médian de 19 mois. 12

Le versant immunomodulateur a été évalué en parallèle. Une étude rétrospective multicentrique française publiée dans Autoimmunity Reviews en 2017, dont il est premier auteur sur vingt-neuf auteurs nommés et auteur correspondant, a porté sur 29 patients traités par au moins une biothérapie. Sur les 114 lignes de traitement analysées pendant un suivi médian de trois ans, la réponse globale a été de 54 % ; elle a été plus fréquente sous corticoïdes (78 %) et sous rituximab (66 %) que sous traitement de fond classique (45 %) ou sous les autres biothérapies (33 %), avec un p inférieur à 0,05. Vingt patients sur 29 (71 %) ont présenté au moins une infection sévère pendant le suivi, ce qui est la contrepartie de ces traitements dans cette population âgée et cytopénique. 3 Une autre piste, l'interleukine 2 à faible dose, a été explorée chez trois patients corticodépendants et réfractaires aux biothérapies ou à l'azacitidine, dans un rapport de cas publié dans Rheumatology (Oxford) en 2021 dont il est huitième auteur sur neuf : une amélioration clinique et une épargne cortisonique ont été obtenues chez 2 des 3 patients, sans effet indésirable grave. Un rapport de trois cas ne permet aucune conclusion générale. 6

Le réseau s'est doté d'une base de données rétrospective, nommée dans les publications, qui a permis de décrire des manifestations particulières. Une étude cas-témoins publiée dans Clinical and Experimental Rheumatology en 2022, conduite selon son résumé sur la base rétrospective française du réseau MINHEMON et dont il est cinquante-quatrième et dernier auteur sur cinquante-quatre auteurs nommés, a comparé 35 patients ayant fait une maladie thromboembolique veineuse à 127 qui n'en avaient pas fait, soit une fréquence de 21,6 % ; 8 des 35 (22,9 %) ont eu au moins deux épisodes, et un saignement est survenu chez 19,4 % des patients anticoagulés (6 sur 31). En analyse multivariée, seule la progression de l'hémopathie au moment de l'événement était associée à la thrombose (odds ratio 28,82, intervalle de confiance à 95 % de 5,52 à 530,70), l'intervalle très large de cette estimation en limitant la portée. Ni la survie globale (p = 0,68) ni la survie sans leucémie (p = 0,83) ne différaient entre les deux groupes. 10 Deux autres manifestations ont fait l'objet d'études dédiées. Dans Haematologica en 2021, où il est vingt-huitième et dernier auteur sur vingt-huit auteurs nommés, 41 patients ayant une thrombopénie immunologique associée à un syndrome myélodysplasique ou à une leucémie myélomonocytaire chronique ont été comparés à des patients ayant une thrombopénie immunologique isolée : la thrombopénie était chronique chez 26 (63 %), la myélodysplasie de faible risque chez 30 (73 %), une maladie auto-immune associée était présente chez 10 (24 %) ; les saignements graves étaient plus fréquents à chiffres de plaquettes comparables, 4 patients (10 %) avaient une forme multiréfractaire contre aucun dans le groupe témoin, et après un suivi médian de 60 mois la survie globale ne différait pas. 5 Dans Seminars in Arthritis and Rheumatism en 2021, où il est quatrième auteur sur quatorze auteurs nommés, 21 observations de myopathie inflammatoire associée à un syndrome myélodysplasique ont été réunies, 11 cas français et 10 tirés d'une revue de la littérature : la dermatomyosite était la forme la plus fréquente (59 %), les anticorps anti-TIF1 gamma étaient présents chez 24 % des patients contre 4 % dans le groupe de comparaison (p = 0,0039), aucun syndrome des antisynthétases n'a été observé (0 % contre 28 %, p = 0,01), la myopathie était sensible aux corticoïdes chez 82 % des patients mais corticodépendante chez 56 %, et la survie globale était moins bonne qu'en l'absence de syndrome myélodysplasique associé (p = 0,0002). 7

Le dernier temps de ces travaux est génétique. En 2019, une observation publiée dans Haematologica, dont il est dixième auteur sur seize auteurs nommés, a décrit chez une même patiente une maladie d'Erdheim-Chester et une leucémie myélomonocytaire chronique porteuses de la même mutation clonale ; il s'agit d'un cas isolé. 14 En 2021, une lettre parue dans Leukemia, dont il est quinzième auteur sur vingt et un auteurs nommés, a recherché les mutations du gène UBA1, celles qui définissent le syndrome VEXAS, chez des patients ayant un syndrome myélodysplasique ou une leucémie myélomonocytaire chronique avec maladie systémique associée ; cette lettre n'a pas de résumé indexé et son texte n'est pas en accès libre, ses chiffres ne sont donc pas repris ici. 8 En 2026, une étude cas-témoins publiée dans JAMA Dermatology, dont il est vingt-quatrième auteur sur vingt-cinq auteurs nommés, a réuni 24 patients présentant des manifestations de type lupique associées à un syndrome myélodysplasique ou à une leucémie myélomonocytaire chronique, dont 19 lupus systémiques et 5 lupus cutanés, d'âge médian 65 ans. Comparés à des lupus systémiques idiopathiques, ces patients étaient plus âgés (65 ans contre 23 ans, P inférieur à 0,001), plus souvent des hommes (10 [53 %] contre 3 [8 %], P = 0,008), avaient moins d'atteinte rénale (2 [10 %] contre 27 [71 %], P inférieur à 0,001), moins d'atteinte articulaire (7 [36 %] contre 37 [97 %], P inférieur à 0,001) et moins souvent des anticorps anti-ADN natif (6 [32 %] contre 29 [76 %], P = 0,001). La relecture centralisée des biopsies cutanées en a reclassé 6 (50 %) en atteinte cutanée du clone myéloïde, les mêmes variants myéloïdes ont été retrouvés dans le sang et dans la peau chez 6 patients sur 8, et un traitement dirigé contre le clone, azacitidine ou allogreffe de cellules souches hématopoïétiques, a été suivi d'une réponse conjointe hématologique et lupique chez 5 patients sur 7. Les auteurs concluent à une entité distincte, relevant d'une inflammation clonale plutôt que d'une auto-immunité classique. 13

Ces travaux sont portés par un réseau. Arsène Mekinian indique avoir fondé en 2016 le club MINHEMON, consacré aux manifestations systémiques des hémopathies, et en assurer la présidence ; aucune source publique consultée ne nomme les dirigeants de l'association, et ce point se lit donc comme une information qu'il donne lui-même. L'existence publiée du réseau, elle, est vérifiable : MINHEMON figure comme groupe auteur dans le champ consortium de la notice MEDLINE de six des travaux cités ici, sous des libellés variables, dont « GFM, SNFMI, CRI and MINHEMON » en 2017 et « EMSED Group and MINHEMON Group » en 2026. Une cohorte observationnelle nationale ambispective a par ailleurs été enregistrée sous le numéro NCT05969821, intitulée Clonal Hematopoiesis of Immunological Significance : elle est promue par l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, avec Sorbonne Université, l'Inserm et le club MINHEMON comme collaborateurs déclarés, elle prévoit 5 000 participants avec un début estimé en avril 2026 et une fin du critère principal estimée en avril 2036, et Arsène Mekinian y est déclaré investigateur principal. Au 8 septembre 2026, cette cohorte n'est pas ouverte au recrutement et n'a produit aucun résultat.

Où la prise en charge est organisée

Arsène Mekinian exerce dans le service de médecine interne de l'hôpital Saint-Antoine (AP-HP, Sorbonne Université), rattaché au département médico-universitaire consacré à l'inflammation, à l'immunopathologie et aux biothérapies, désigné DHU i2B jusque vers 2019 puis DMU 3iD et DMU i3 dans les affiliations de ses publications. C'est l'affiliation qui figure sur ses notices MEDLINE pour l'ensemble des travaux cités sur cette page.

Ces situations demandent une décision commune entre médecine interne et hématologie. Une réunion de concertation pluridisciplinaire nationale MINHEMON de la filière de santé maladies rares FAI²R est consacrée aux manifestations systémiques des hémopathies : syndrome VEXAS, syndromes myélodysplasiques, leucémies myélomonocytaires chroniques, hématopoïèse clonale, gammapathies monoclonales, hémopathies lymphoïdes et syndromes myéloprolifératifs. Elle réunit internistes, hématologues, biologistes et dermatologues pour discuter des dossiers complexes et arrêter collégialement les orientations diagnostiques et thérapeutiques. Elle se tient en visioconférence, le mardi de 17 heures à 18 heures, environ toutes les deux semaines. Le quorum d'experts publié par la filière compte vingt-quatre médecins, parmi lesquels Arsène Mekinian au titre de la médecine interne. Chaque dossier est présenté par le médecin qui suit le patient, avec une fiche d'information transmise à l'avance selon les modalités indiquées par la filière. Cette réunion s'adresse aux médecins et ne constitue pas une voie de consultation. Ces éléments ont été relevés le 8 septembre 2026 sur le site de la filière FAI²R.

Ce que l'on ne sait pas

La fréquence même de ces manifestations n'est pas établie, et ses propres textes en donnent des ordres de grandeur différents. Une revue publiée dans Annals of Hematology en 2018, dont il est sixième et dernier auteur sur six, écrit que les maladies auto-immunes concernent 10 à 20 % des patients atteints de syndrome myélodysplasique. 4 L'étude sur la thrombopénie immunologique de 2021 reprend 10 à 20 %. 5 L'étude sur la maladie thromboembolique de 2022 écrit 10 à 30 %. 10 L'introduction de la lettre publiée dans Leukemia en 2022 écrit 15 à 25 %. 9 La revue en français publiée dans le Bulletin du Cancer en 2023, dont il est septième et dernier auteur sur sept, écrit « jusqu'à un quart » des patients. 11 Ces écarts tiennent aux populations étudiées et aux définitions retenues, et aucun chiffre unique ne peut être présenté comme la fréquence de ces manifestations.

La nature des preuves disponibles limite ce que l'on peut en tirer. À l'exception de l'essai GFM-AZA-SAID, tous les travaux cités ici sont rétrospectifs, sans bras contrôle, portent sur quelques dizaines de patients, et retiennent des critères de réponse de la manifestation inflammatoire qui ne sont pas standardisés d'une étude à l'autre. L'essai lui-même a inclus 30 patients, sans comparateur, et ses résultats détaillés ne sont pas librement accessibles ; aucun résultat n'est déposé sur ClinicalTrials.gov. Ce que l'on sait de l'effet de l'azacitidine sur ces manifestations repose donc sur un essai de phase 2 non contrôlé et sur des séries rétrospectives.

Deux de ses textes ne disent pas la même chose de la série de 22 patients de 2016. Le résumé de l'article de Leukemia Research rapporte une réponse de la maladie auto-immune chez 19 patients sur 22 et une diminution ou un arrêt des corticoïdes ou des immunosuppresseurs chez 16 d'entre eux. 2 L'introduction de la lettre publiée dans Leukemia en 2022, qui cite ce même article, décrit un effet d'épargne cortisonique chez 19 patients sur 22. 9 Cette différence de lecture n'est pas tranchée ici.

On ne sait pas si traiter la manifestation modifie l'évolution de l'hémopathie. L'étude de 2016 n'a pas montré de différence de survie globale entre les patients avec et sans manifestation systémique. 1 L'étude sur la thrombopénie immunologique a trouvé une survie sans leucémie meilleure chez les patients qui en avaient une que chez les patients sans thrombopénie. 5 L'étude sur les myopathies inflammatoires a trouvé une survie moins bonne en cas de syndrome myélodysplasique associé. 7 Ces trois résultats portent sur des populations et des questions différentes ; aucun ne permet de conclure sur l'effet du traitement.

On ne sait pas prédire quels patients développeront ces manifestations. On ne sait pas non plus dans quel ordre associer un traitement dirigé contre le clone et un traitement immunomodulateur, ni chez quels patients privilégier l'un ou l'autre : la revue en français de 2023 pose la question sans la trancher, en relevant à la fois la corticodépendance fréquente et la mauvaise tolérance des immunosuppresseurs classiques dans cette population. 11 Le rôle des mutations somatiques autres que celles du gène UBA1 n'est pas établi. La cohorte CHIS, enregistrée sous le numéro NCT05969821, est destinée à documenter ces questions ; elle n'est pas ouverte au recrutement et n'a produit aucune donnée.

Deux points extérieurs à ses propres travaux situent ce champ. La description initiale du syndrome VEXAS, par Beck et ses collègues dans le New England Journal of Medicine en 2020, a donné une explication génétique à une partie de ces situations ; ce travail n'est pas le sien. La terminologie a par ailleurs évolué pendant la période couverte par ces études, au point que sa propre revue de 2023 est indexée en anglais sous le terme de « myelodysplastic neoplasms » et en français sous celui de « syndromes myélodysplasiques » ; comparer des séries publiées à dix ans d'écart demande donc de vérifier ce que chacune compte. 11

Références

Travaux publiés auxquels il a participé, sur ce sujet. Liste établie à partir d'Europe PMC.

Page rédigée pour information générale. Elle ne remplace pas un avis médical individuel. Mise à jour : 10 septembre 2026.